Hypnoscient

La vérité sur mes débuts

Débuter est loin d’être facile, et dans cet article un peu spécial, je vous raconte mes débuts. Je croise beaucoup de personnes aujourd’hui, que ce soit sur les réseaux sociaux ou en formations et beaucoup me demandent comment je fais pour être aussi précis dans mon questionnement, comment je fais pour créer le rapport aussi vite et pour être aussi à l’aise avec les suggestions et l’hypnose conversationnelle. Comment je suis arrivé là ?

Vous voulez la vérité ?

La vraie ?

En commençant comme une énorme m*rde ! Et oui ! Laissez-moi vous raconter comme j’ai débuté comme praticien en hypnose.

L'Histoire de mon premier client

20h30 un jeudi soir après une journée de travail dans mon ancienne vie et les enfants à m'occuper. J'arrive au cabinet 30 minutes à l'avance, j'ai peur, j'ai envie d'être ailleurs, je ne me sens pas à ma place : je suis dans le cabinet de mon père, psychiatre, 11 ans d'études pour accompagner des personnes, et moi je suis là, dans son bureau, avec mes quelques semaines de formation.

Mais p*tain, qui je suis pour faire ça ? “Personne, t’es nul, t’as pas à être ici” me dit une voix à l’intérieur.

L’interphone sonne, mon premier client est un arrêt du tabac, je sautille sur place le temps qu’il monte, j’ai la trouille.

J’ouvre la porte, je porte mon regard sur un énorme bonhomme, le cliché de l’homme d’affaire bien sûr de lui, bien ancré et bien installé.

J’ai l’impression d’avoir 2 ans.

Mon regard se porte derrière lui, et je vois une femme, de la même catégorie. Il vient accompagné et ne m’a rien dit, j’ai du mal à articuler un bonjour lorsqu’il me dit avec aplomb “Ma femme assiste à la séance, si ça se passe bien et que vous faites bien votre travail, elle viendra vous voir après”.

J’ai l’impression que le monde s’écroule autour de moi, mes jambes me tiennent à peine.

Je l’assois dans le cabinet, sa femme, derrière moi, observe.

Je lui fais lire la décharge, ce qui le fait tiquer et ronchonner.

Il la signe d’un trait et me dit, en me regardant droit dans les yeux :

“C’est pas très honnête ce que vous faites de jouer avec le fait que votre père est psychiatre”

Je suis stupéfait, je n’ai jamais communiqué sur cela autrement que pour dire que je partageais le cabinet et que je n’étais pas médecin, mais ça doit pas être assez clair.

Je bafouille 2-3 bricoles en tentant de me justifier, énorme erreur que je ne referai plus jamais, puis je m’attaque à la détermination d’objectif.

Au bout de la deuxième question, il me dit “J’ai pas envie de parler, je ferme les yeux et vous faites votre truc”.

J’ai envie de disparaître, je me sens comme un gosse devant une présence autoritaire et sans échappatoire.

Je tente de lui expliquer que j’ai besoin de lui poser quelques questions pour savoir au mieux comment l’aider. Il ronchonne, se lève, attrape la décharge, la déchire en mille morceaux et la jette par terre, m’engueule en disant que j’ai rien à faire dans ce métier et quitte le cabinet avec sa femme qui a un petit air de pitié sur son visage.

C’était mon premier rendez-vous.

Qu’est-ce que je fais là ?

L'Histoire de mon second client

Samedi après-midi, je suis au jardin d'acclimatation avec ma famille. Je reçois un appel de quelqu'un qui me parle de son frère, policier, qui a été tabassé durant une patrouille par une bande de jeunes : il est traumatisé et a peur de retourner au travail, il veut savoir si je peux l'aider. Je lui dis que c'est certainement possible, mais que je ne prends pas de rendez-vous si ce n'est pas la personne que je reçois qui appelle.

Quelques instants plus tard, son frère m’appelle, nous parlons quelques instants, je le sens perdu et nous prenons rendez-vous le lendemain, à son domicile.

Son frère m’envoie un SMS pour me dire qu’il sortira tout juste du travail et qu’il sera sûrement en uniforme. Étrange, mais pas de problème !

Dimanche, 14h.

J’arrive chez lui et la personne m’accueille en uniforme, comme “prévu”, l’air très sympathique mais très timide. Je sors de PNLH et du Maître Praticien, j’vais tout péter dans cette séance.

La séance se passe bien, même un peu trop.

Nous prenons un verre d’eau avant mon départ et le client me dit “J’ai peur de faire un AVC après mon coup sur la tête, c’est arrivé à un collègue et j’étais à son enterrement cette semaine”. Je le rassure un peu mais ça fait 2 heures que je suis là et j’ai pas envie d’y passer la journée, je me sens retenu, comme s’il ne voulait pas me laisser partir, mais je finis par m’échapper.

Deuxième séance étrange, mais ok. Je suis plutôt content de moi, surtout après ma première séance.

Sauf que l’histoire ne s’arrête pas là.

3 jours après, c’est l’heure du déjeuner, je suis à la cantine de la société avec mes collègues. Je reçois un SMS. Je deviens tout blanc, je manque de vomir. Mes collègues s’inquiètent. Je viens de recevoir un SMS de son frère qui me dit qu’il a fait un AVC et qu’il est à l’hôpital, entre la vie et la mort.

“C’est de ma faute, j’aurais du écouter plus, prendre le temps, est-ce que j’ai fait quelque chose que j’aurais pas du avec l’Hypnose ??!!”.

J’en parle à tous ceux que je connais, Kevin Finel, Dominique Espaze en supervision en ligne, je ne dors pas pendant quelques jours.

Tous me rassurent et ça me fait du bien. Je garde contact avec le frère et prends de ses nouvelles, ça s’arrange mais doucement.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

2 mois après je reçois un mail de son frère, qui me dit qu’il est décédé dans la nuit, et comme il avait beaucoup aimé la séance, il tenait à m’envoyer une photo de lui. 2 jours après je reçois la photo de mon client, allongé en uniforme sur son lit de mort.

C’était mon deuxième client.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

1 an plus tard, Frédéric Vincent, animant un stage de détox et d’auto-hypnose, reçoit un mail, qu’il trouve étrange et qu’il partage avec les stagiaires. Ma femme est présente. C’est la même personne, la même prise de contact, la même demande.

J’en parle avec Frédéric et nous constatons que c’est un “tueur de thérapeutes”, qui “s’amuse” à faire ce coup à tous ceux qu’il croise.

C’était mon deuxième client. Me suis-je arrêté là ? Non, mais ça vous le savez déjà.

Quoiqu'il arrive, continuez

Débuter comme praticien en Hypnose, c'est accepter de passer par des moments difficiles : l'impression de faire de la m*rde, de ne pas être à notre place, d'être nul, de ne pas avoir confiance c'est normal. Des séances que j'ai trouvé nulles, ou j'ai pas été bon, j'en ai d'autres à vous raconter, on en a tous. Mais on parle tous souvent de ce qu'on fait de bien et du client miracle, pour se rassurer et pour faire "bien".

Ne laissez pas ça définir ce que vous avez envie de faire de votre vie et de ce métier.

La seule question que vous pouvez vous poser est :

“Que puis-je faire pour que ce soit mieux ou que cela n’arrive plus ?”

Et décomposer la réponse en petites étapes, accessibles, simples, et de chaque jour faire quelque chose pour que ça change : chaque jour.

Si vous passez une journée sans faire une chose qui vous fait peur ou qui est nouvelle pour vous, c’est pour moi une journée de perdue.

La vie est courte et bien trop importante pour s’arrêter sur des obstacles, quels qu’ils soient, surtout quand à l’intérieur ça dit “c’est par là que tu dois aller !”.

Just Keep Going, comme disent les anglo-saxons et si vous voulez aussi écouter mon podcast sur comment gérer les angoisses des premiers clients, je vous y donne pleins d’astuces !

A très vite,

PS : Tout est vrai dans cet article :)