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Le paradoxe du Si…Alors…

Le paradoxe du “Si je mincis Alors je pourrai avoir confiance”. Rarement formulés comme tels par les personnes, ces objectifs sont bien souvent des pièges pour l’accompagnant. Ils sont toxiques et créent une anxiété indirecte pour le sujet. Y répondre dans le mauvais sens, c’est se faire recruter par le problème, c’est se laisser embarquer dans la solution apportée par le client à sa problématique de fond. Pourquoi est-ce anxiogène ? Et comment l’éviter ?

Le Paradoxe : un objectif anxiogène

Dans l’exemple “Si je mincis Alors je pourrai avoir confiance”, la personne apporte une solution : mincir pour avoir confiance. Que se passe-t-il si elle mincit et que la confiance n’est pas là ?

Lorsqu’on vous conseille un film au cinéma et qu’on vous dit qu’il est génial, que c’est le meilleur film de l’année, et que tout le monde en parle, vous y allez avec une attente énorme, en étant presque sûr de passer un moment inoubliable.

Comment un enfant le matin de Noël, vous vous installez au cinéma, et vous trépignez pendant la publicité et les bandes annonces. La salle s’assombrit, le silence se fait et le film commence enfin. Vous allez pouvoir vous régaler. Les minutes passent, vous attendez ce moment magique qui va vous bouleverser…mais ça n’est pas du plaisir que vous ressentez au fil des minutes….le film est bien, mais vous aviez imaginé autre chose, plus grand, plus fort, plus beau : vous êtes déçu. Et même si le film est excellent, vous en gardez un souvenir mitigé.  La déception de l’attente créée  en amont atténue votre plaisir. L’inverse est vrai, vous lisez des critiques négatives sur un film mais vous y allez quand même, et vous y avez pris du plaisir car vous vous attendiez à quelque chose de médiocre. Votre plaisir est relatif à vos attentes, et pas uniquement à la qualité du film. Familier ?

Si la personne mincit et qu’elle n’a pas plus confiance qu’avant. Comment se sent-elle à votre avis ? Que se passe-t-il pour elle à un niveau identitaire ? Pourra-t-elle avoir confiance un jour si même mincir ne lui permet pas ?

Ce paradoxe, ce risque, peut empêcher à un certain niveau une personne d’atteindre les deux objectifs : mincir et avoir confiance. La solution est toxique pour l’objectif car l’impact sur la personne et l’image d’elle même en cas d’absence de confiance peut être trop fort.

S’ils ne réussissent pas leur objectif ils auront plus de peine, et s’ils réussissent il ne seront pas plus heureux car la solution n’est qu’un autre problème : statu quo.

Le Paradoxe : la solution du client est rarement la bonne

En général, les solutions apportées par les clients, données du tac au tac sont rarement les bonnes. Si c’était le cas, ils l’auraient sûrement déjà fait. Répondre à ces demandes initiales trop rapidement est pour moi une façon de se faire recruter par le problème, et ça mène rarement quelque part.

Une métaphore que j’aime beaucoup utilisée par James Tripp : c’est comme un oiseau coincé dans une verrière et qui tente de trouver la sortie. Et il est là, à se taper la tête sur le toit vitré, une fois…deux fois…et d’insister encore et encore, espérant trouver une solution là où ça n’a pas déjà fonctionné des dizaines de fois.

Se faire recruter par le problème, c’est aider l’oiseau à traverser la vitre.Parfois ça passe et ça peut être douloureux, parfois ça ne passe pas du tout, et ça va pas beaucoup mieux.

Tout le travail consiste à trouver la porte, souvent ailleurs, et la montrer, voir guider l’oiseau vers cette porte.

Comment l’éviter ?

Déjà, pour l’éviter, le reconnaître peut être utile. Les clients formulent rarement “Si j’ai ça alors je pourrai faire ci”. Il faut prêter attention à ce qui est dit et créer du lien, repérer les objectifs cachés et la demande de fond. Encore une fois, le meta-modèle aide beaucoup à préciser les choses, une vision stratégique, ainsi que des questions comme “Pour quoi ?” (et non pourquoi) “Dans quel but ?”.

Ensuite, pour moi, il me paraît essentiel de faire en sorte que les gens sentent qu’ils sont déjà bien, qu’ils fonctionnent déjà correctement, et qu’ils n’ont pas forcément besoin d’étapes pour y aller, car ils y sont déjà d’une certaine façon. Quelqu’un qui se sent en confiance pourra certainement mincir plus facilement, et mincir ne sera pas stressant et anxiogène car porteur de trop d’attentes, c’est plus facile. L’oiseau libéré peut choisir de faire ce qu’il veut, mincir ne l’aidera pas à traverser la vitre plus facilement.

Bien sûr, ça ne fait pas toujours partie de la vision du monde des personnes. Ils veulent mincir car ils “savent” que ça va leur donner confiance, et il n’est pas possible de leur dire de but en blanc “ah mais non vous n’avez rien compris”. Suggérer, évoquer et préparer le terrain pour désactiver la toxicité d’un objectif, lorsque c’est le cas, est pour moi une partie importante du travail. Dans l’exemple, je mettrai par exemple très fortement l’accent sur la confiance, et la ferait monter le plus possible, pour l’ancrer et la relier à l’objectif initial. J’inverse ainsi la relation toxique. Etre confiant permet de mincir, et non l’inverse.

Faire monter les émotions et relier ce qui est vraiment important pour la personne à son objectif “conscient” a une double efficacité. Rendre l’objectif conscient plus facile, et le désintoxiquer d’attentes trop fortes.

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11 réflexions au sujet de “Le paradoxe du Si…Alors…”

  1. Je me demande comment tu trouves le temps d’écrire tous ces articles…
    En tout cas c’est toujours très intéressant à lire. Il est clair qu’une demande comme la perte de poids par exemple est rarement une fin en soi et plus un moyen pour la personne d’atteindre autre chose, plus d’estime de soi, plus d’énergie, plus de bien-être…
    Et pour apporter ma pierre à la discussion, il arrive quand même que la tentative de solution de la personne puisse l’amener effectivement vers ce qu’elle souhaite obtenir.
    “Si je perds du poids, je n’aurais plus mal aux genoux, et je pourrai retrouver de l’autonomie” par exemple.
    Comme toujours rien n’est jamais tranché lorsqu’on travaille sur l’esprit humain, et je garderai en tête ton article lors de mes prochaines consultations.

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  2. Meci Laurent pour cet article, en effet il faut savoir se déshypnotiser des objectifs apportés sur “un plateau” pour pouvoir trouver le lien logique en méta modele. C est vraiment une etape clef, surtout si la personne arrive à se rendre compte à la fin de la logique solution, et qu elle en arrive à trépigner à l’avance pour rentrer dans un état d’hypnose…et en même temps, tous sont différents et ne réagissent pas de la même façon… Que la force de l’adaptabilité soit avec vous!

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  3. Oui, c’est aussi le problème des personnes qui cherchent les solutions à l’extérieur d’elles-même.
    C’est tout le paradoxe de l’hypnose orientée solution aussi : aller chercher une aide extérieure qui nous aide à trouver nos solutions à l’intérieur.

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  4. L’amour de soi comment le faire revenir quand il a disparue ?
    L’identité de qui nous sommes comment la faire revenir quand elle a disparue?
    La confiance comment la faire revenir quand elle a disparue ?
    L’espérance comment la faire revenir quand elle a disparu aussi ?
    L’hypnose peux-t-elle nous aider a les faire venir ?

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    • Bonjour,

      Beaucoup de questions auxquelles il n’est pas facile de répondre tellement cela peut dépendre des personnes. L’Hypnose est un outil qui permet d’ouvrir de nouvelles portes et d’en rouvrir d’autres. Je crois que rien ne disparaît vraiment, c’est parfois caché par d’autres choses, et quand celles-ci disparaissent, c’est autre chose qui apparaît.

      Amicalement,

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  5. un bon modèle clinique ça aide….
    et aussi “si votre inconscient savait ce qu’il y avait à faire pour atteindre votre objectif, il l’aurait déjà fait” donc il peut avoir des idées sur la questions, mais l’expérience montre qu’elles sont souvent à coté de la plaque….

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  6. J’ai une cliente qui souhaite perdre du poids en ce moment. Et elle est focalisée sur “si je perds du poids, ce sera comme avant (les difficultés que nous avions avec mon mari) et mon mari m’aimera à nouveau” – lâcher prise sur cela et se recentrait sur elle-même serait un abandon de son attachement à son couple – bref, j’écris cela pour illustrer l’effet “boite sans fond” que peut cacher cette problématique et l’exigence que cela nécessite dans l’accompagnement – merci pour souligner le fait que en effet il est important de ne pas se laisser embarquer par le client 🙂

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