Faut-il chercher la cause pour changer ?

Une discussion intéressante dans le groupe Hypnose sur Facebook, lancée par Antoine Garnier (que je vous invite à suivre, sur son site et en formation) parle d’une question posée à Dave Elman sur le fait de trouver la cause pour résoudre durablement un problème.

Faut-il chercher la cause pour changer ?

Je cite le sujet amené par Antoine.

Question (Un docteur) : J’ai entendu dire que lors d’un de vos cours, un psychologue clinicien a affirmé la chose suivante : «En hypnoalanyse, il n’est pas toujours possible de trouver la véritable cause d’un problème émotionnel. Dans ce cas, si vous donnez au patient une explication raisonnable son problème, même si cette explication est une invention de votre part, le patient l’acceptera et vous pourrez l’aider considérablement. En fait, vous pourrez obtenir une rémission totale.» Quand il a affirmé cela, vous avez exprimé votre désaccord. Pouvez-vous donner une explication ?

Réponse (Dave Elman) : Mon expérience me appris que si vous ne trouvez pas la véritable cause du désordre émotionnel du patient et que vous ne lui permettez pas que ses vrais problèmes lui soient révélés, vous ne pouvez espérer obtenir rien de mieux qu’un soulagement temporaire. Le docteur doit chercher la véritable cause des difficultés de son patient, sans quoi ils ne fait que traiter un effet mais pas la cause. L’esprit conscient du patient pourrait accepter une explication plausible temporaire mais son esprit plus profond (inner mind) rejettera cette explication plausible à moins qu’elle ne soit basée sur une vérité absolue.

S’en suit une discussion passionnante sur le sujet de la cause (que vous pouvez retrouver ici)

Et l’effet Placebo alors ?

Ma première pensée a été pour l’effet placebo. Si on a envie de donner raison à Dave Elman, on est en train de dire que l’effet placebo n’existe pas. S’il faut trouver la cause pour changer durablement, est-ce que ça tient face à l’effet placebo ? Sans doute pas.

Si une personne vient voir Dave Elman, qu’il le perçoit comme l’autorité, comme « sa » solution pour l’aider, qu’il croit que ce que fera Dave Elman l’aidera vraiment, cette personne a déjà presque changé. Elle profite de l’effet placebo.

Je trouve d’ailleurs que la puissance de cet effet est bien souvent oubliée et mise de côté dans les résultats annoncés / discutés par les hypnothérapeutes (et les thérapeutes en général), mais c’est un autre sujet.

Donc, rien qu’en mettant l’effet placebo face à la réponse de Dave Elman, on peut dire qu’il se trompe, mais est-ce suffisant ?

Non, évidemment, s’il a tort du point de vue de l’effet placebo, le sujet sur la cause mérite tout de même discussion.

La confusion derrière la notion de cause

Au cours de cette discussion, j’ai du répéter plusieurs fois qu’il fallait définir la notion de « cause ».

Beaucoup gens confondent la cause et la raison. Si je reprends l’analogie du vélo cité dans l’article qu’a écrit Jordan Vérot sur son site (que je vous invite à visiter, son blog et ses formations) :

Si je fais une belle ballade en vélo et que je profite du soleil, de la nature autour et que je me sens bien et que d’un coup j’entends PFFFFFFF et je sens que je force de plus en plus, il y a des chances que je m’arrête et que je descende du vélo. Là, je vois mon pneu arrière crevé. Je peux aller en arrière et voir un bout de verre et me dire: « Ah, c’est probablement cela » puis un peu plus loin, je vois un clou: « Hum, ce n’est pas mal ça aussi », puis plus loin encore un trottoir et je crois me rappeler qu’en descendant de ce trottoir, mon vélo a fait un drôle de bruit « peut-être que ça a pincé ma chambre à air ? ». Mais comment saurai-je que c’est le bout de verre, ou le clou, ou la chambre à air trop usée ?

La confusion que font beaucoup de sujets, et sans doute de praticiens aussi, c’est notre tendance à dire « j’ai crevé à cause d’un clou », ce qui est vrai. Mais la cause du fait que mon vélo n’avance plus n’est pas le clou, mais le pneu crevé. On mélange alors la raison, qui appartient au passé et qui est surement faussée par les fonctionnements du cerveau, et la cause qui elle, est au présent, dans l’ici et maintenant.

Si on prends un angle plus large, une personne vient nous voir avec un problème pour lequel elle veut trouver une solution pour avancer, et elle a parfois besoin d’en connaître la cause. Sauf qu’ils ne parlent pas de cause quand ils disent ça, mais de raison. Et connaître la raison n’avance à rien.

Je vous propose de remplacer la notion de cause, par la notion de problème. On cherche le problème sous-jacent à la demande, pas la raison, et le problème permet de trouver la solution adaptée. Sans problème, pas de solution (ce qui ne veut pas dire qu’il a besoin d’être verbalisé). Et c’est là que beaucoup de praticiens se perdent en questions inutiles et dans le contenu, car ils questionnent sur les raisons (au passé), et pas sur le problème (au présent).

Le problème au présent porte souvent une résonance avec le passé, qui peut être un trauma, un micro-trauma, un ensemble de perceptions, d’apprentissages, de croyances et de toutes les structures émotionnelles en jeu, ce sont des causes multiples interconnectées dans une cause actuelle et présente : le problème qui génère le symptôme.

Mais redéfinir la notion de cause est-il suffisant ? Non plus.

La quête de sens de l’Humain

Notre cerveau recherche du sens, il cherche à « expliquer » les choses, ce qui est sans doute une des causes majeures à beaucoup de nos problèmes (et à ceux de l’Humanité), mais aussi ce qui nous permet de chercher et d’évoluer, mais c’est un autre sujet, sans doute plus philosophique (je suis nul en philo). Je parle de cette recherche de sens dans l’article « La conscience, l’interprète de modules inconscients« , tiré des travaux de Mickael Gazzaniga.

Notre cerveau a tendance à chercher du sens, à chercher à expliquer ce qui nous arrive. Donc si j’ai un problème, il va chercher à expliquer pourquoi j’ai ce problème, sauf que cette explication est souvent fausse car elle est sujet à interprétation et manque d’informations (lisez l’article ci-dessus pour avoir des exemples).

Si pour le sujet ça fait sens que la raison de mon problème soit un évènement X ou Y, que ce soit vrai ou faux, vérifiable ou pas, ça fait sens pour lui. Donc si ce qui fait sens est ce qui est venu dans la séance ou ce que l’hypnothérapeute propose, pour reprendre la question à Dave Elman, en « Donnant au patient une explication raisonnable son problème, même si cette explication est une invention de votre part », il pourra changer, car ça fait sens. La raison devient une surface projective qui permet de travailler la cause, mais pas toujours.

Prenons un exemple plus concret :

Imaginons une structure abandonnique que le praticien n’aurait pas perçue (pour plus de détail sur ce fonctionnement, écoutez le podcast Qu’est-ce qui fait que les gens changent ?).

Imaginons qu’il se laisse embarquer par le discours du sujet, ou par son propre discours, et que cette structure ne soit pas travaillée pendant la séance. Si ce qui se passe dans la séance fait sens pour le sujet, celui-ci changera probablement à un certain niveau, mais la structure abandonnique sera toujours là, ce qui a de fortes chances de faire revenir le problème, ou de faire en sorte qu’il s’exprime autrement (déplacement de symptôme).

Donc oui, quelque part, la réponse de Dave Elman fait sens, mais OUI aussi, la question soulevée par le docteur fait sens aussi. Car parfois, sans le savoir, ce qui sera venu pendant la séance permettra tout de même le travail sur la structure qui posait problème, car l’Hypnose permet cette liberté de changement chez l’autre, à la condition que l’accompagnement soit suffisamment permissif et centré sur l’autre.

Et si on allait plus loin ?

La cause de la cause

Si je reprends la structure abandonnique, qui est génératrice de problème, on pourrait se poser la question : quelle en est la cause ? D’où vient-elle ?

On entre alors dans de vastes sujets sur la causalité de la causalité de la causalité, qui peuvent arriver parfois à des notions spirituelles ou « quantiques ».

La question se pose, et je la laisserai volontairement en suspens dans cet article car ça peut chiffonner et secouer pas mal, et je pense que c’est plus adapté à une discussion de vive voix 😉

En conclusion : les problèmes ont des causes que les raisons ignorent

En conclusion, la confusion raison / cause est pour moi le principal problème dans cette discussion et il me paraissait intéressant de l’éclairer sous ce point de vue là.

Les problèmes qui empêchent nos sujets d’atteindre leurs objectifs sont des ensembles complexes de structures émotionnelles, d’apprentissages, de résonance émotionnelle, d’enjeux systémiques, de biais cognitifs, de manque d’intelligence émotionnelle, de connaissance de soi et j’en passe. Il n’y a pas de raison « unique » à une problématique. Il n’est pas nécessaire de travailler sur tout, mais c’est parfois ce qui fait qu’un problème peut revenir, il reste des éléments qui n’ont pas été travaillés, qui font partie de l’ensemble « problème » qui empêche d’atteindre la solution.

Par exemple, dans le cas de traumas identifiés, prenons un viol par exemple. Le viol est une cause de problèmes, mais tout ce qui est autour du trauma aussi. La position de victime (à différencier d’avoir été victime de) « je suis comme ça aujourd’hui à cause de cet évènement il y a 30 ans » fait de la raison (le viol) la cause du problème aujourd’hui (je suis comme ça à cause de) (vous suivez ?)

Et la gestion familiale, l’entourage, la présence à l’issu du trauma, les apprentissages retirés du trauma, pendant et après forment un ensemble complexe de résolution de problèmes, de « causes » qui ne sont pas liées à la raison (vous suivez toujours ?).

Et parfois, en bouger 1 suffit à bouger tout le reste, et parfois non.

Amicalement,

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